Belinga, l’un des grands projets du pays : Les Gabonais sacrifiés sur l’autel des emplois étrangers ?

 Belinga, l’un des grands projets du pays : Les Gabonais sacrifiés sur l’autel des emplois étrangers ?

Belinga, le 27 mai 2024- Dans sa tribune du 11 septembre 2023, le journal en ligne Gabonews donnait la parole à Armand Dagraça Tchitembo. À travers une lettre ouverte, il proposait des solutions pertinentes pour inverser la courbe du chômage qui frappe toutes les tranches d’âge des travailleurs gabonais. L’une des solutions évoquées portait sur la mise en place de mécanismes de contrôle rigoureux de l’emploi de la main-d’œuvre étrangère.

Bien qu’Armand Dagraça ait pris l’exemple spécifique de Port-Gentil, le constat reste identique sur l’ensemble du territoire national : les entreprises, notamment les multinationales, violent sans remords la loi gabonaise réglementant l’emploi de la main-d’œuvre étrangère, négligeant les quotas au détriment des travailleurs gabonais. Lorsqu’elles cherchent à se conformer à la loi, elles invoquent souvent une raison déconcertante : « Absence de main-d’œuvre qualifiée, répondant aux profils recherchés. »

Comment expliquer qu’un pays, fort de plus de soixante ans d’indépendance et de sept décennies d’exploitation pétrolière et minière, puisse manquer de compétences locales répondant aux attentes des multinationales ? N’est-ce pas là une volonté manifeste de ne pas privilégier l’emploi des locaux, empêchant ainsi un véritable transfert de compétences ?

Comme mentionné précédemment, le constat de l’emploi abusif de la main-d’œuvre étrangère dans le secteur pétrolier se retrouve également dans d’autres secteurs, notamment le secteur minier, autrefois dominé par la Comilog. L’arrivée de nouveaux exploitants, tels que la Nouvelle Gabon Mining, a entraîné un afflux d’ouvriers indiens, même pour des postes de pompistes.

Le projet du fer de Belinga ne semble pas faire exception. En effet, d’après nos investigations, l’entreprise Ivindo Iron et ses principaux sous-traitants, tels que Capital Mining, privilégient l’embauche excessive de main-d’œuvre étrangère, prétextant que les Gabonais ne seraient pas encore prêts et seraient encore en formation. Certains travailleurs étrangers mépriseraient même le niveau de compétence des employés gabonais. Pire encore, certains auraient tenu des propos « insultants » à l’égard des centres de formation et des écoles supérieures gabonaises. Quelle injure pour un pays qui compte plus de soixante-dix ans d’exploitation minière ! Alors que le projet n’est qu’en phase d’exploration, avec une complexité de travail encore limitée, on observe déjà un quota de main-d’œuvre étrangère qui n’augure rien de bon pour l’avenir de l’emploi gabonais. En soixante ans, le Gabon n’a-t-il pas formé des ingénieurs en géologie, en géophysique, etc. ?

Toujours selon nos investigations, certains employés étrangers d’Ivindo Iron du projet Belinga auraient commencé à travailler au Gabon avec des visas business, violant ainsi la loi sur l’emploi de la main-d’œuvre étrangère. Cela soulève des questions sur la rigueur des services de l’immigration et du ministère gabonais du Travail, en charge de la délivrance des permis de travail à ces travailleurs étrangers.

Le projet Belinga suscite de multiples attentes parmi les populations gabonaises, notamment en matière d’emploi et de développement des compétences locales. Les autorités gabonaises doivent être plus rigoureuses dans le processus de délivrance des permis de travail, et vigilantes face aux motifs invoqués tels que « absence de compétences » ou « transfert de compétences », souvent fallacieux. Il est également crucial de ne pas se laisser tromper par les chiffres déclarant l’embauche de travailleurs gabonais, car ces derniers peuvent masquer une réalité où seuls des postes subalternes sont pourvus, sans véritable transfert de compétences ni valorisation du potentiel gabonais.

Face à ces défis, le CTRI devra surveiller de près cette structure. Selon certaines indiscrétions, les Australiens de Fortescue feraient même preuve de racisme et de discrimination à l’égard des employés locaux, ajoutant à l’amertume d’une exploitation où les promesses de développement semblent s’évanouir dans l’indifférence et le mépris.

 

 

R.V

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