Gabon/Élections par le ministère de l’Intérieur : La grosse bourde du dialogue national

Faisant suite à une recommandation du dialogue national, organisé en avril dernier, le CTRI, comité pour la transition et la restauration des institutions, vient d’annoncer que l’organisation des élections revenait désormais au ministère de l’intérieur et non plus au CGE, le centre gabonais des élections. Même si la mesure est saluée par certains opportunistes, qui profitent de la transition pour bien se faire voir par les militaires au pouvoir, il s’agit d’une reculade de plusieurs dizaines d’années en arrière.
L’élection présidentielle du 5 décembre 1993 reste jusqu’ici tristement citée comme un exemple choquant de l’organisation des élections par le gouvernement gabonais. Et pour cause, alors que le dépouillement était encore en cours, un ancien ministre de l’intérieur, Antoine Depadou Mboumbou Miyakou proclamait à la radio télévision nationale, la victoire du président d’alors, Omar Bongo.
La suite, on la connaît, ce furent des contestations des résultats par père Paul Mba Abessolo, et des violences postélectorales comme le Gabon n’en avait jamais connu auparavant. Ce qui contraignit les acteurs politiques à aller discuter en France dans le cadre des Accords de Paris de 1994. Au sortir de ces discussions, on décida de créer la CNE, commission nationale électorale, suivie de la CENAP, commission électorale nationale autonome et permanente, puis le CGE, centre gabonais des élections.
Comme s’ils n’avaient pas tiré les leçons du passé, les participants au dialogue national organisé du 02 au 30 avril dernier par les autorités de transition, on décidé de revenir au scénario des élections organisées par le ministère de l’intérieur, avec toutes les conséquences qui pourraient à nouveau découler de cette décision. Selon les arguments peu convaincants avancés, la pratique est courante dans certains pays comme en France qui sert souvent de modèle à l’aveuglette au Gabon, même quand les contextes et les mentalités ne s’y prêtent pas. Car comme le disait Blaise Pascal, « vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ».
Une limite du dialogue national?
Car si en France, le ministère de l’intérieur organise des élections aux résultats incontestés, qui s’imposent à tous, c’est parce que la mentalité du fonctionnaire d’Etat français a été forgée avec la notion d’équité et de l’intérêt prioritaire de la nation. Dans ce contexte, les élections organisées dans les règles de transparence absolue imposent aux perdants de reconnaître leurs défaites et de féliciter les vainqueurs. Des valeurs pas très courantes en Afrique et particulièrement au Gabon où les ministres, loin d’être neutres, sont avant tout des acteurs politiques, qui battent campagne dans leurs localités pour faire élire le président qui les a nommés, leur maintien dépendant de sa réélection.
Ce qui laisse peu de chances aux autres candidats et donne lieu à des actes de tricherie, posant ainsi un sérieux problème de crédibilité des résultats qui sortent des urnes. A l’évidence, même sous l’ère de la transition avec des militaires au pouvoir, il sera difficile de tenir le pari des élections transparentes et crédibles, les mêmes causes produisant les mêmes effets.
La gestion des élections par le ministère de l’intérieur reste donc une grosse bourde du dialogue national pourtant vanté comme révolutionnaire. Mais un dialogue qui finit avec une ombre au tableau, une reculade de 30 ans en arrière. Le Gabon est donc loin d’être sorti de l’auberge électorale.
Ndesali Komeni