Parlement de transition : l’inquiétante résurrection du PDG

Vivement attendus depuis plusieurs semaines, les membres des deux chambres du parlement de transition ont finalement été nommés par le CTRI, le Comité pour la transition et la restauration des institutions. Seulement, l’équipe à peine dévoilée est déjà sujette à polémique.
En cause, la forte majorité des partis et autres personnalités politiques au détriment des autres composantes de la société. Même si la composition du parlement, par souci d’inclusivité, intègre diverses composantes de la nation, le diable étant dans le détail, ce sont les politiques qui se taillent la part du lion. Soit 67 députés sur 98 contre 25 pour la société civile et 6 pour les forces de défense et de sécurité. Configuration quasi-similaire au Sénat avec 37 membres sur 70 pour les politiques. La société civile et l’armée n’en comptent respectivement que 27 et 6.
Un partage inacceptable pour Geoffroy Foumboula Libeka. Le porte-parole du Copil citoyen et 4e vice-président de l’Assemblée nationale exprime son profond dégoût et accuse le CTRI, le Comité pour la transition et la restauration des institutions d’avoir fait fi des recommandations de la société civile pour simplement contenter des tiers. Ceux-là même qui sont à l’origine de la dégradation de la situation ayant conduit à la prise de pouvoir par les militaires le 30 août dernier.
Surtout dans un contexte de transition, et donc d’exception, voir le parti démocratique gabonais tirer son épingle du jeu avec 34 députés, alors même que ce parti qui a dirigé le pays pendant plus de cinq décennies est largement comptable de son état de dégradation notoire. Cela ne saurait se passer de commentaires. Commentaires de ceux qui, légitimement, estiment qu’il fallait d’abord le laisser de côté, ou encore ne lui accorder qu’une place moindre, au risque de lui permettre de se remettre en scelle avec ses vieilles pratiques.
Sinon au nom de quoi ou de qui, des députés PDG comme les Blaise Louembe et compagnie, pourtant battus royalement aux dernières élections générales du 26 août par leurs populations, peuvent-ils encore être nommés à l’Assemblée nationale ? De quelle légitimité peuvent-ils encore se prévaloir ? Pour représenter qui ? Le CTRI, ou leurs bases qui les ont déjà vomis par dépit ? Le Comité pour la transition et la restauration des institutions qui avait pourtant été acclamé par la rue le 30 août 2023 serait-il devenu si aveugle qu’il ne semble plus se soucier du danger que représente cette résurrection de l’ancien parti au pouvoir au seul nom de l’inclusivité ? De quelle inclusivité parle-t-on lorsqu’il s’agit de promouvoir tous azimuts des gens vomis par le peuple pour avoir mis le pays en coupe réglée ?
À ces questions, le président de la transition, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema devrait réfléchir avec l’idée que la seule prise de pouvoir par l’armée ne suffira pas pour redresser le Gabon. D’où la nécessité d’opérer des choix réfléchis pour éviter les erreurs passées. Car son entrée dans l’histoire politique du pays ne dépendra, non pas de son coup d’État salvateur. Mais de l’usage qu’il en aura fait.
Ndesali Komeni