Présidentielle-législatives : le danger des destins liés

 Présidentielle-législatives : le danger des destins liés

Acculé par l’urgence des délais, dans l’impréparation totale, le CGE, le centre gabonais des élections vient d’adopter le mode opératoire du déroulement des élections générales du 26 août prochain. Pour les élections présidentielles et législatives, l’électeur qui votera pour le président de la République votera en même temps pour le député de sa circonscription qui figurera sur le même bulletin. Pour les élections locales en revanche, il aura le choix entre plusieurs listes.

 

C’est la deuxième proposition de l’opposition qui vient d’être travestie par le centre gabonais des élections, visiblement à court d’idées pour le déroulé des élections générales du 26 août prochain. Après avoir supprimé subrepticement l’enveloppe accolée, l’institution vient d’adopter le bulletin unique pour les élections présidentielle et législatives. Pourtant, ces propositions, dont il attribue la paternité à l’opposition, ne sont en réalité qu’une stratégie maladroite de dédouanement dans le désordre en cours.

On se souviendra, le document en fait foi, que dans son mémorandum déposé l’année dernière sur la table du ministre de l’Intérieur et de la présidente de la Cour constitutionnelle, l’opposition avait formulé une série de propositions pour l’organisation d’élections cette fois apaisées. Parmi ces propositions, la suppression d’enveloppe accolée. Mais cette proposition était conditionnée par la mise en place d’un bulletin de vote unique pour chaque élection et sur lequel devaient figurer tous les noms des candidats.

Faute de l’avoir fait dans ces règles exigées par l’opposition, le CGE choisit le bricolage à moins d’un mois du scrutin.

Seulement, à force de multiplier des micmacs pour tromper son adversaire, on finit par se prendre parfois à son propre piège. Car en adoptant ce modus operandi des destins liés candidat président et candidat député sur un même bulletin de vote, le CGE dirigé par Michel Stéphane Bonda, un Pdegiste reconnu, pourrait faire le malheur du parti démocratique gabonais sans le vouloir et le savoir. Ce d’autant que l’élection du président de la République et celle des députés n’ont toujours pas eu le même écho auprès de l’électorat. À la présidentielle, l’électorat vote majoritairement pour l’alternance, donc contre le candidat au pouvoir. Aux législatives, il vote pour le fils du terroir, pour le « parent ».

Pire, comment les partis de la majorité qui investissent leurs propres candidats aux législatives, feront-ils pour voter les députés du PDG parce qu’ils figurent sur le même ticket que le candidat à la présidentielle ? Comment certaines circonscriptions opposées à tel ou tel candidat PDG aux législatives feront-ils pour voter ce candidat au nom de sa figuration avec le candidat du parti à la présidentielle, et vice-versa ? Est-ce une stratégie pour permettre au président en place qui a toujours écopé d’un vote sanction de bénéficier du ticket des députés ? En liant le candidat du pouvoir à la présidentielle à ceux des législatives, c’est donc prendre le risque de tout perdre à la fois. 

Surtout dans les zones de grandes empoignades, réputées pour être les bastions de l’opposition comme l’Estuaire, le Woleu-Ntem, l’Ogooué-Maritime, la Ngounié, la Nyanga, le Moyen-Ogooué. Des provinces qui, traditionnellement votent le candidat au pouvoir. Lier donc son destin à celui des candidats à la députation, pourrait donc, par effet de contagion de cette malédiction électorale, coûter leurs mandats à de nombreux parlementaires. Dans ce climat d’incertitudes, il ne serait donc pas étonnant de voir le PDG perdre sa large majorité godillot à l’Assemblée nationale. Ce d’autant que l’opposition et la société civile qui ont largement investi des candidats dans les grands centres urbains n’ont plus appelé cette année au boycott qui a toujours bénéficié au pouvoir. Ça promet !

 

CNN

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