Élections générales : l’opposition devant le fait accompli

L’opposition et la société civile avaient introduit mi-juillet, auprès de la Cour constitutionnelle, une requête en annulation des modifications que le pouvoir a apportées en catimini au code électoral, à moins de deux mois des élections générales du 26 août prochain. Après le rejet de cette requête par la plus haute juridiction de l’État, l’opposition, dos au mur est désormais devant un fait accompli.
Des élections dont les garanties de transparence, du moins celles qui en tenaient lieu, ont toutes été supprimées. C’est la situation face à laquelle se retrouve l’opposition après l’irrecevabilité de sa requête prononcée par la Cour constitutionnelle. Laquelle a décidé de valider ce qu’il est désormais convenu d’appeler le « passage en force du régime en place ». Car fait extraordinaire, depuis le début de cette année électorale, jusqu’à la dernière minute, le pouvoir aura fait feu de tout bois pour lever tous les verrous en vigueur qui, mise à part la fraude, permettaient jusqu’ici d’avoir un scrutin plus ou moins transparent. Voulant se rassurer des règles sur mesure, il a multiplié des stratagèmes pour concevoir un code électoral totalement à sa convenance. D’abord la prétendue concertation politique de février, organisée avec une opposition alliée, et qui lui a permis de supprimer le mode d’élections à deux tours qui le hantait jusque-là. S’en est suivi la révision de la Constitution qui en a résulté en avril.
Ensuite, et comme si cela n’avait pas suffi à rassurer ses cauchemars d’une défaite certaine, le pouvoir qui jouit de son écrasante majorité godillot au parlement en a usé mi-juillet dernier, en adoptant nuitamment et en catimini, d’autres modifications au code électoral. Modifications qu’il a fait publier dans la même foulée au journal officiel. Tout cela se déroule un samedi, jour non ouvré pour l’administration gabonaise. Parmi ces modifications au forceps, la suppression de l’enveloppe accolée qui permettait jusqu’ici de lutter contre l’achat des votes qui a toujours généré des violences postélectorales, et l’impossibilité désormais pour les candidats de se faire représenter dans les bureaux de vote par les personnes de leur choix. Ce qui les prive de la possibilité même d’entrer directement en possession des procès-verbaux des opérations de vote. Et même de la difficulté de contester les résultats auprès de la Cour constitutionnelle.
Élaguées de ces verrous qui ont tous sauté les uns après les autres, « les élections présidentielles, législatives et locales du 26 août 2023 n’augurent rien d’un scrutin transparent et apaisé ». À une différence près, elles ressemblent aux premières élections « primitives » qui ont suivi la conférence nationale de 1990, avec leur lot de tragédies. Devant ce fait accompli, il appartient désormais à l’opposition d’en tirer toutes les conséquences et décider s’il y a lieu d’y aller ou non.
Puisque dans tous les cas, elle se retrouve face à un dilemme : boycotter, elle fera le jeu du candidat du pouvoir qui pourrait être élu même avec 20 % des électeurs ; participer, elle court le risque de perdre dans un scrutin aux règles taillées sur mesure et de valider en quelque sorte une éventuelle « forfaiture électorale ». Visiblement, quelle que soit sa décision, l’opposition se retrouvera forcément face aux conséquences qui en résulteraient, qu’elles soient positives ou négatives. Et c’est d’ailleurs ce qu’espéraient les cadors du régime à travers cette marche à pas forcés vers la légalité d’un code électoral pas du tout consensuel ou conforme à l’esprit d’un État de droit démocratique viable.
CNN