Présidentielle 2023 : Jean Ping et le jeu du pouvoir

Dans une interview diffusée jeudi 13 juillet sur les médias français, Rfi et France 24, Jean Ping qui dit militer pour l’alternance a indiqué qu’il ne soutenait aucun candidat de l’opposition à la présidentielle du 26 août prochain. Mieux, l’ancien candidat de l’opposition à la présidentielle de 2016 estime qu’il ne sert à rien d’aller voter dans une élection pipée d’avance. Mais pour qui roule finalement Jean Ping ?
C’est la question que se posent désormais de nombreux militants de l’opposition après les déclarations troubles de Jean Ping. En refusant de soutenir l’opposition ou de donner une consigne de vote pour un candidat, le président de la coalition de l’opposition pour une nouvelle république qui milite pour le boycott de la présidentielle du 26 août prochain, estime que les dés sont pipés d’avance.
Dans une interview accordée à Rfi et France 24 jeudi 13 juillet, l’ancien candidat de l’opposition à la présidentielle de 2016 reste évasif dans ses réponses aux questions des journalistes, rendant ainsi ennuyeux l’échange. Ceux qui attendaient des critiques dures du natif d’Omboué comme d’habitude contre le régime en place ont sans doute été déçus. Sa seule réponse, qui revenait vaguement, était « on verra bien », lorsque Christophe Boisbouvier et Marc Perelman lui posent une question sur la position de Paris ; ou encore « je leur souhaite bon vent » quand ils lui demandent s’il soutiendra un candidat de l’opposition.
En tout et pour tout, Jean Ping, qui paraissait être affaibli physiquement, certainement par le poids de l’âge (plus de 80), a donné l’impression d’un vieux sénile, perdu dans ses réflexions, cherchant parfois ses mots. Comme si toute la verve et l’exubérance d’autrefois contre le pouvoir de son rival Ali Bongo s’étaient déjà complètement évanouies. Ce qui pourrait créditer la rumeur d’une rencontre avec le camp de son adversaire de 2016 à Paris en France, sous l’égide d’Emmanuel Macron. Une rencontre qui, si elle a réellement eu lieu, semble avoir édulcoré un opposant dont l’intransigeance face au régime était jusque-là restée intacte.
Peut-être que le deal qui en a résulté interdit désormais à Jean Ping tout soutien à l’opposition quand on sait que même diminué, son appel à un sursaut électoral national peut raviver les velléités d’alternance massivement exprimées en 2016, et faire basculer la donne en faveur de l’opposition. Une posture au demeurant contradictoire avec son combat pour la « libération » du Gabon. Car il est contradictoire qu’il refuse de donner de consigne de vote en faveur de l’opposition, alors même que son combat, il le justifie par la nécessité de créer une alternance au sommet de l’Etat. Comment alors parvenir à l’alternance si ce n’est par les élections ? À l’évidence, en refusant de soutenir l’opposition, en militant pour le boycott et donc pour la politique de la chaise vide, Jean Ping sait bien que sa stratégie n’aura d’autre bénéficiaire que le régime qu’il prétend combattre. Son positionnement neutre ne fera que décourager les partisans du changement, avec le risque d’un fort taux d’abstention dont seul le candidat du parti démocratique gabonais pourrait tirer profit.
Au fond, il aura beau s’accrocher à l’idée d’une transition improbable, pour maquiller sa stratégie bénéfique au candidat du PDG, Jean Ping joue visiblement le jeu d’un régime qu’il prétend combattre. Tout cela au grand dam de l’opposition qui l’avait pourtant porté en 2016. Car « mauvais perdant », il semble jouer désormais la stratégie de la terre brûlée.
CNN