Liberté de la presse au Gabon : l’arbre qui cache la forêt?

Selon le classement 2023 de Reporter sans frontières, le Gabon se hisse au 94e rang mondial contre le 105e en 2022. Soit un bond de 11 places sur 180 États étudiés. Ce qui fait de lui le deuxième pays de la CEMAC à garantir le mieux la liberté de la presse, derrière le Congo Brazzaville (81e). Mais le diable étant dans le détail, ce classement est un arbre qui cache la forêt des réalités quotidiennes du journalisme dans le pays.
Ce bond de 11 places est imputable aux quelques petites avancées enregistrées par Reporter sans frontières. Ce sont notamment la subvention de la presse et la dépénalisation des délits de presse (indice économique et législatif).
Si les autorités peuvent se satisfaire de cette amélioration du classement du Gabon, Reporter sans frontières note toutefois des entraves à l’exercice du métier de journaliste. L’ONG international pointe pour cela « les suspensions arbitraires » qui se sont multipliées ces dernières années, la HAC, Haute Autorité de la Communication s’étant muée en senseur d’un journaliste libre.
RSF pointe également l’ostracisme de la presse indépendante, écartée des manifestations officielles et privée de la publicité qui reste le monopole des médias publics et privés apparentés au régime en place. Dans le viseur de Reporter sans frontières, la galaxie des sites dits d’informations qui gravitent autour de la présidence de la République, et dont le niveau amateur des journalistes reste en tous points de vue déplorable.
Les médias publics embrigadés
Dans cette volonté, manifeste de « manipulation et d’embrigadement », la présidence de la République s’est aussi arrogée depuis plusieurs années déjà, le pouvoir de nomination des responsables des médias publics (Radio Gabon, Gabon 1re, AGP). Le tout au « mépris des prérogatives du ministère de la Communication, seule administration habilitée à le faire ».
Cette immixtion flagrante n’a qu’un seul dessein : « le bâillonnement et le contrôle des médias de service public par le placement d’agents stipendiés. Souvent nommés au mépris de tout critère méritoire », ces derniers ne s’illustrent que par la censure de la « vraie information et l’autocensure de l’équité et de l’objectivité dans le traitement de l’actualité, dénaturant ainsi le sens impartial du service public ». Dans ce contexte, seuls, les audiences ministérielles et autres comptes-rendus des activités publiques sont devenus leur genre de prédilection. Cela au détriment des débats équitables, des investigations et des éditoriaux qui aiguisent la conscience des citoyens et forgent la culture d’une société de l’information, réellement libre et démocratique, les médias étant des hussards de la démocratie.
Tout ce système de spoliation et d’infantilisation d’un métier pourtant noble, mais galvaudé à souhait n’est destiné qu’à empêcher l’éclosion d’un journalisme véritable. Ce qui compromet la liberté de la presse, qui reste encore largement un luxe inatteignable sous nos cieux. Car là où il n’y a pas de liberté d’expression et de démocratie, point besoin d’espérer la liberté de la presse.
CNN