Édito/CGE : l’impartialité compromise !

 Édito/CGE : l’impartialité compromise !

Malgré le boycott d’une opposition visiblement en déshérence, sur fond de divisions mortifères, le bureau du Centre gabonais des élections (CGE) a été installé au forceps lundi 13 février 2023 par le ministre de l’Intérieur, Lambert Noël Matha. Lequel a profité des antagonismes inconciliables de l’opposition pour placer à la tête de l’institution, un membre actif du parti au pouvoir, là où la loi recommande plutôt une personnalité neutre.

Pure produit du parti démocratique gabonais, Stéphane Bonda trône désormais à la tête du CGE, après son éviction il y a peu du gouvernement. Un atterrissage sans coup férir, grâce à la pagaille créée par l’opposition, dont les mésententes chroniques étalées sur la place publique ont apporté de l’eau au moulin de Lambert Noël Matha, le ministre de l’Intérieur, qui a lui-même choisi des opposants acquis à la cause du pouvoir parmi la multitude de listes déposées sur sa table.

Une aubaine qui a laissé le champ libre aux délégués de la majorité de choisir un des leurs, la nature ayant horreur du vide.

Sauf qu’à trop vouloir combler le vide par la supercherie, on finit par s’y engouffrer soi-même. Car au-delà de l’immaturité de l’opposition que le ministre de l’Intérieur a savamment exploitée, le choix de Stéphane Bonda à la tête du Centre gabonais des élections pose un problème de neutralité qui laissera sans doute une tache indélébile sur les deux ans de son mandat à la tête de l’institution électorale.

Élection par défaut

Parce qu’à la lumière de l’article 12 du code électoral, ancien ministre et militant actif du parti démocratique gabonais au pouvoir, l’intéressé ne remplit nullement le critère de neutralité prévu par la loi.

Mieux, le bureau même du CGE, mis en place en l’absence des représentants de l’opposition, ne laisse transparaître aucun degré d’impartialité.

Ainsi, en l’absence des délégués de l’opposition, la vraie opposition, il serait illusoire de croire que les militants du PDG qui y siègent désormais en maîtres absolus, feraient valoir fidèlement les suffrages des Gabonais le moment venu. Et l’illusion serait d’autant plus grande qu’en Afrique, en Afrique centrale surtout, aucun gouvernement n’organise une élection pour la perdre, la confiscation du pouvoir étant devenue une obsession tellement permanente, qu’elle frise même la paranoïa des régimes en place. Lesquels ne s’imaginent hors du pouvoir qu’en cas de décès.

Le piège du Backlash

On pourrait certes incriminer à souhait les errements et l’impossible consensus de l’opposition. Mais en décidant de mettre sur un même pied d’égalité, les partis ayant une certaine représentativité avec des élus au parlement, et les petites formations sans réel poids politique, légalisées au pas de course dans l’urgence de la présidentielle, qui reste le grand mercato politique du pays, le ministre de l’Intérieur n’ignore pas lui-même la difficulté pour les différents acteurs de s’entendre dans ce grand cafouillage. À moins qu’il s’agisse d’un dessein inavoué de diviser pour mieux régner.

Sauf que régner par la ruse, en choisissant pour associés des partis occasionnels, véritables poids-plumes, le stratagème peut devenir un couteau à double tranchant pour celui qui le manie.

Car vouloir à tout prix fragiliser l’opposition réelle dans la mise en place des institutions électorales, c’est saper l’enjeu majeur de parvenir à des élections apaisées dans un pays qui n’en a presque jamais connu. Si la stratégie d’installer un partisan du pouvoir à la tête d’une institution qui se veut pourtant impartiale était d’avoir le champ libre pour la manipulation des résultats des urnes, il faudrait craindre que cet objectif désormais atteint, et les mêmes causes produisant les mêmes effets, la présidentielle de cette année connaisse le même sort que les précédentes.

Ainsi entendu, le choix de Stéphane Bonda à la tête du CGE ne saurait être pour le camp du pouvoir, la garantie d’un scrutin apaisé.

 

 

CNN

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