Mandat présidentiel de 5 ans : une annonce pour calmer le jeu ?

Ouvrant lundi 13 février 2023, les travaux de la concertation politique entre majorité et opposition, le président Ali Bongo Ondimba a formulé une proposition qui a surpris tout le monde : la réduction de 7 à 5 ans de la durée du mandat présidentiel. Au-delà de l’engouement suscité par cette annonce, certains, prudents, pointent tout simplement une stratégie pour calmer le jeu, face à l’impossible limitation des mandats présidentiels.
Pour Ali Bongo Ondimba, cette proposition de réduction de la durée de tous les mandats électifs à 5 ans, vise à faire avancer la démocratie. Laquelle doit s’inscrire dans la logique d’un monde en pleine évolution.
Cette proposition, longtemps portée par l’opposition avait échoué à être adoptée, lors du dialogue politique d’Angondjé en 2017, du moins pour le mandat présidentiel que les acteurs à ce dialogue avaient refusé de réduire de 7 à 5 ans.
Près de 7 ans plus tard, confronté aux critiques sans cesse sur la longévité au pouvoir du parti démocratique gabonais, le Chef de l’État gabonais a fait sienne cette proposition de réduction du mandat présidentiel.
Sortie de la bouche d’un président de la République qui semble avoir pris tout le monde de court, on peut déjà imaginer que cette proposition n’aura aucun mal à être adoptée par l’ensemble des participants à cette concertation politique. Surtout qu’avec le septennat plombé par l’usure du pouvoir, le pays semble toujours faire du sur place, avec de nombreux projets de développement sans lendemain. Puisque l’efficacité d’un mandat présidentiel ne dépend pas nécessairement de l’allongement de sa durée.
En Afrique, le Ghana et le Nigéria par exemple fonctionnent avec un mandat de 4 ans inspiré du style américain. Pourtant, le niveau de développement de ces pays d’Afrique de l’Ouest n’a rien à envier au Gabon, dont la durée d’un mandat présidentiel équivaut à deux mandats au Nigeria ou au Ghana.
Mieux encore, la France dont les institutions politiques servent souvent de modèle de fonctionnement du Gabon a abandonné le septennat depuis 2002. Pourquoi le Gabon qui n’en tire aucun bénéfice continuerait-il à fonctionner avec un dispositif à la limite poussif, surtout dans un contexte presque verrouillé d’alternance ?
Une démocratie cosmétique
Visiblement, le Gabon, l’un des derniers exemples en vogue du septennat, veut se défaire d’un système qui constitue une ombre au tableau de sa démocratie cosmétique. Et même avec un mandat présidentiel réduit à 5 ans, les avancées de la démocratie tant vaticinées sembleront toujours avoir un goût amer, tant que la limitation à deux du nombre des mandats présidentiels demeure un tabou.
Au fond, le problème du système politique gabonais n’est pas tant la durée du mandat présidentiel (même si elle en constitue une des causes). Mais plutôt le sentiment d’un verrouillage complet, avec une caporalisation des institutions dirigée pour la plupart par des acteurs issus ou affiliés au parti de gouvernement. À cela, s’ajouterait » la réduction de l’espace des libertés, » réduisant ainsi le pluralisme politique issu de la conférence nationale à sa plus simple expression depuis plus de 30 ans.
Ainsi, tant que les résultats des élections poseront toujours un problème de sincérité, avec leur lot de contestations et des violences post-électorales, tant que l’alternance politique à la présidence de la République sera ressentie comme une montagne insurmontable, tant que la démocratie continuera de se couvrir des oripeaux de la violence politique au nom de la violence légitime de l’État, qui » bannit toute critique politique du gouvernement en place, » les concertations et les annonces de ce genre ne seront que de simples retrouvailles des acteurs politiques, qui après s’être insultés, se retrouvent pour une trêve.
CNN