Édito/Le PDG : un géant aux pieds d’argile ?

Congrès de la « Revitalisation » et de la « Régénération », Congrès de la « renaissance pour un PDG « uni et solidaire », etc. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Ali Bongo en 2009, ses éminences grises ne tarissent pas d’imagination pour la survie d’un parti qui fonctionne visiblement en trompe-l’œil.
Jadis parti des masses, le PDG semble être devenu, au fil des ans, un grand corps malade que les responsables ne se lassent d’entretenir à coups de concepts aussi pompeux que trompeurs, tels que la « Revitalisation » et la « Régénération », la « Renaissance » et la « Solidarité ».
Pourtant, tous ces remèdes, s’ils ont permis jusqu’ici la survie poussive du parti démocratique gabonais, n’ont pas réussi à le guérir d’un triple malaise profond : l’usure, la traîtrise et la dictature de la discipline.
L’effet d’usure
Pour un parti qui dirige le pays sans discontinuer depuis 54 ans, il est évident que l’imagination venant à manquer parfois, des signes d’essoufflement apparaissent. Quoi donc de plus normal qu’après plus d’un demi-siècle de gouvernement, tous les efforts de redressement deviennent vains, avec le sentiment du surplace. Et c’est à ce titre que la « Revitalisation » et là » Régénération » inventées au 11e congrès de décembre 2017, se sont évanouies comme elles avaient été créées. Le pouvoir qui devait prétendument revenir à la base dans le choix des responsables du parti n’a jamais existé. Car, qu‘il s’agisse de la désignation de ces fameux responsables ou du choix des candidats PDG aux différentes élections, les arbitrages n’échappent pas au palais du bord de mer. Souvent au détriment des compétences, de l’expérience et de la représentativité des uns et des autres sur le terrain, les affinités ayant voix au chapitre.
Conséquence, de nombreux hiérarques du parti se sont vus écartés sans ménagement dans leurs bastions et laissés au bord du chemin, au profit de nouveaux arrivants. Se considérant comme des laissés-pour-compte, ces derniers qui n’osent parler ouvertement au nom d’une discipline jugée trop rigoureuse du parti, ont choisi la voie du silence. Dans cette légion silencieuse, on compte des parlementaires, des cadres ou d’anciens cadres de l’administration . Pour cette catégorie qui n’a plus rien à perdre, malgré les tee-shirts et autres tissus qu’elle arbore à l’occasion des manifestations officielles du parti, la tentation de pactiser la nuit avec « l’ennemi » n’est jamais véritablement loin.
Cette traîtrise, s’il faut la qualifier comme telle se caractérise souvent par des résultats en deçà des attentes du candidat PDG à l’élection présidentielle. Car à l’exception des provinces du Haut-Ogooué, de l’Ogooué-Lolo et de l’Ogooué-Ivindo, toutes les six autres ont voté massivement contre le candidat du pouvoir à la dernière présidentielle, alors qu’elles disposent pourtant des cadres haut placés dans des institutions. Résultats de course, en deux élections présidentielles consécutives, le président Ali Bongo n’a jamais atteint, ne serait-ce que 50 %. En 2009, il n’avait remporté l’élection qu’avec 49 %. Une tendance qui s’est empirée en 2016 avec 41 % contre 40 % pour son suiveur direct, Jean Ping.
Un score semble-t-il peu honorable en démocratie où la majorité se compte à partir de 50 + 1 pour se prévaloir d’une certaine légitimité.
En finir avec les traîtres
Pour conjurer ce scénario de traîtrise qui a cours au sein même du parti, le nouveau Secrétaire général, Steeve Nzegho Dieko, qui vient d’organiser une tournée interprovinciale, ainsi que de nombreux autres cadres du PDG, appellent les auteurs de cette fourberie à cesser leur « sale boulot ». Parmi les stratégies, la carte informatisée du militant vient d’être mise en place pour une meilleure traçabilité du fichier d’adhésion. Mais cela suffira-t-il à dissuader ce mercenariat de l’intérieur d’ailleurs très en vogue en période électorale ?
À l’évidence, toutes ces inquiétudes de la hiérarchie du PDG ne traduisent qu’une réalité, celle d’un parti vanté comme suffisamment enraciné à travers tout le Gabon. Mais qui ne remporte la présidentielle que dans la douleur, d’où les contestations postélectorales récurrentes. Une douleur qui pourrait s’accroître davantage, surtout pour un scrutin à deux tours et dont un défaut d’un KO au premier tour pourrait s’avérer préjudiciable pour le candidat du pouvoir. Lequel dans le cas d’un second tour pourrait manquer de réserve de voix, face à une opposition vindicative, motivée par son rêve d’alternance.
Manifestement, malgré l’écrasante majorité apparente au parlement, malgré les congrès organisés avec leurs concepts tout feu tout flamme et les salles pleines à craquer, lors des manifestations des grands jours, le PDG n’est certainement pas aussi enraciné qu’il prétend l’être. Ce qui ne ferait de lui qu’un trompe-l’œil, mieux un géant aux pieds d’argile, qui pourrait s’effondrer à la moindre tempête électorale.
CNN