Candidature unique : quels risques pour l’opposition au premier tour ?

Depuis l’appel de Paulette Misambo le 27 novembre dernier, tous les états-majors se bousculent à tour de rôle pour dire « OUI » au projet d’une candidature unique de l’opposition face à Ali Bongo à la présidentielle de 2023. Et pour joindre l’acte à la parole , ce lundi 12 décembre, plusieurs Leaders politiques et de la société civile se sont retrouvés à Libreville autour de la présidente de l’Union Nationale pour étudier la mise en œuvre de cette idée de front commun.
Cette rencontre du 12 décembre est la première d’une série de réunions permettant, in fine de dégager une candidature unique et un projet de société commun dans la perspective de la présidentielle de 2023. Tout le monde ou presque en rêve aujourd’hui comme si c’était un élément nouveau, ou encore un rempart pour renverser la table.
Pourtant, les faits étant têtus, on se souviendra toujours de la présidentielle de 2016 comme étant un scrutin à l’issue duquel le pouvoir a failli basculer en faveur du candidat unique l’opposition, Jean Ping qui avait le soutien de tous les ténors. Tous les rapports ou presque des missions d’observation étaient accablants quant à la réélection au forceps du président Ali Bongo Ondimba (49,80 % contre 48,23 % pour Jean Ping).
Surtout avec les fameux résultats troubles du Haut-Ogooué, et qui semblent toujours gêner aux entournures les tenants de la « majorité » à la moindre évocation. Raison pour laquelle Jean Ping n’a cessé jusqu’ici de réclamer sa victoire « volée », se considérant comme le vrai président élu.
Sans préalablement faire l’autopsie de cette anecdote malheureuse de Jean Ping, l’opposition ne jure désormais que par cette idée de candidature unique depuis qu’elle a germé à la lisière de la conscience de Paulette Misambo, la présidente de l’Union Nationale le 27 novembre dernier.
D’ailleurs, les mêmes causes produisant les mêmes effets, quelle garantie d’alternance fiable ce projet de candidature unique offre-t-il à l’opposition cette fois-ci ? Comment ce qui a échoué à Jean Ping en 2016, avec la même soif d’alternance, réussira-t-il en 2023 à Barro Chambrier, à Paulette Misambo ou à quelqu’un d’autre ?
Voilà les questions qui devraient guider la réflexion autour de ce projet de front uni de l’opposition. D’autant que la plupart des acteurs qui ont œuvré au vote massif de Jean Ping tels que René Ndemezo’o Obiang, Jean Eyeghe Ndong, Frédéric Massavala Maboumba, Féfé Onanga et bien d’autres opposants ont déjà retourné leurs vestes au profit du pouvoir pour lequel ils quadrillent désormais le terrain.
Au vu de cette évidence, l’opposition gagnerait plutôt à se battre pour imposer les conditions d’organisation transparente du scrutin. Car même avec un candidat unique, faute de ces conditions, la désillusion risque d’être encore plus grande que celle de 2016. Parmi ces conditions, le convoyage des résultats des commissions départementales et provinciales du CGE vers Libreville.
Dans le mémorandum déposé dernièrement à la Cour constitutionnelle et au ministère de l’Intérieur, l’opposition souhaite que ce convoyage ne soit plus assuré par les militaires, mais plutôt par voie électronique, afin de limiter les risques de fraude.
Le réveil tardif de l’opposition
Sauf que ces propositions, qui arrivent tardivement, ne trouvent pas l’engouement du pouvoir qui semble faire grise mine. Et au regard des délais, il faut craindre qu’à quelques mois de la présidentielle qui aura probablement lieu en août 2023, ces exigences de transparence de l’opposition ne soient pas prises en compte dans le prochain scrutin, la loi interdisant toute modification de texte en année électorale.
À moins que majorité et opposition se mettent d’accord pour reporter le scrutin, le temps d’examiner et modifier le code électoral pour en extirper les faiblesses pointées. Un scénario peu probable pour l’heure. Car un report du scrutin poserait de facto la question de la légitimité du mandat d’Ali Bongo au-delà du 16 octobre 2023.
L’opposition semble donc prise à son propre piège de lève-tard, après avoir passé le clair de son temps en hibernation. Ne lui reste visiblement que cette option d’une candidature unique qui, loin s’en faut, n’est pas forcément la garantie absolue d’une victoire en 2023.
Surtout pour un scrutin à deux tours et dont la pertinence de coalition se pose au second et non au premier tour. Car si le besoin d’alternance est palpable au Gabon, en juger par les différents résultats à la présidentielle depuis 2009, le candidat de la majorité n’ayant jamais atteint la barre de 50 %, une candidature unique de l’opposition au premier tour serait risquée parce qu’elle pourrait aussi jouer comme dans un tour unique face au candidat de la majorité.
Ce qui signifie que la barre de 50 % pourrait être franchie dès le premier tour par un camp ou par un autre. Et en cas de deuxième tour dans ce scénario, la réserve des voix pourrait manquer à l’opposition qui aurait déjà joué son va-tout au premier tour. Surtout avec la volonté acharnée du pouvoir qui cherchera coûte que coûte à faire un coup KO au premier tour pour éviter un deuxième round du scrutin.
Ainsi, tout se jouerait au niveau de la participation dont l’importance serait déterminante pour la victoire de tel ou tel camp. C’est dire que par stratégie électorale, si candidature unique de l’opposition, il doit y avoir, celle-ci ne pourra trouver de sens qu’au deuxième tour du scrutin. Il en a toujours été ainsi dans un système d’élections à deux tours, à moins que l’exception gabonaise, si elle se produit, ne vienne contrôler la règle.
CNN