Édito/Subvention de la presse : un amaigrissement à l’image de la démocratie

De 500 millions de FCFA au départ, la subvention de la presse privée s’est amaigrie au fil du temps, comme une peau de chagrin pour s’établir en 2022 à 127 millions. Dans un pays où les ventes des journaux tournent à perte, avec un marché de la publicité écrasé par les médias publics, cette aide n’est désormais ressentie que comme un coup d’épée dans l’eau. Surtout dans un contexte de boom médiatique, dynamisé par la presse en ligne.
Mise en place au début des années 2000, la subvention par l’État gabonais de la presse privée avait pour but d’aider les entreprises de presse à faire face aux différentes charges qu’elles rencontrent au quotidien, de la production à la diffusion de l’information. Puisque les ventes des journaux tournent à perte, alors que le marché de la publicité, largement contrôlé par des industriels souvent proches du pouvoir, reste essentiellement détenu par les médias publics. Ainsi, plus qu’une aide qui permet de compenser la faiblesse du marché de consommation de l’information dans le pays, cette subvention vise à encourager le pluralisme médiatique et l’expression démocratique.
De 500 à 127 millions, bientôt la clé sous le paillasson ?
Mais une aide qui n’est pas à la hauteur du problème est-elle encore une aide ? Comment alors prétendre promouvoir le pluralisme des médias et l’expression démocratique, si la subvention qui aurait permis d’atteindre cet objectif, diminue d’année en année pour s’établir aujourd’hui à 127 millions de FCFA contre 500 au départ ? La question est d’autant pertinente qu’avec le boom médiatique porté par la presse en ligne, cette subvention qui s’est rabougrie comme une peau de chagrin, semble très dérisoire et apparaît désormais comme un service minimum pour un État dont le but est simplement de s’acquitter de ses obligations pour donner des apparences de normalité.
À l’évidence, tout est fonction du degré de respect des autorités vis-à-vis de la presse, considérée abusivement comme le quatrième pouvoir. Car au Burkina Faso par exemple, pays pauvre du Sahel, mais bon élève en matière de liberté de la presse, cette subvention était de 400 millions en 2021. Au Gabon, pays à revenus intermédiaires tranche supérieure, où on exploite le pétrole, le bois, le manganèse et bientôt le fer de Belinga, cette subvention était de 127 millions la même année.
Il ne s’agit donc pas ici d’une question de moyens, comme pourraient s’en défendre les autorités, mais bien de la place que le Gabon qui se targue d’être un État démocratique, accorde à la presse en tant que hussard de cette démocratie manifestement de façade.
Tuer la presse
L’objectif est de tenir financièrement en rade ces médias privés, surtout lorsqu’ils sont catalogués comme anti-gouvernementaux parce que ne chantant certainement pas les éloges dithyrambiques des audiences des cabinets ministériels et autres comptes rendus dont la « platitude du traitement » témoigne de l’avilissement d’un métier pourtant noble, mais perverti par la paupérisation entretenue du journaliste. On parle même aujourd’hui du « journalisme alimentaire », une expression en vogue au Gabon pour montrer à quel point, clochardisé, marginalisé, le journaliste est encore tenu captif par des lobbies de tout genre du fait de la précarité de sa condition sociale.
Car la presse locale, qu’elle soit publique ou privée, est encore sujette à un contrôle accru du gouvernement qui veut toujours être montré sous un meilleur jour et non autrement.
D’où les suspensions récurrentes, mises en demeure et autres sanctions de la Haute Autorité de la Communication, qui semble être devenue plus « un gendarme qu’une institution de défense et promotion de la liberté de la presse ».
Tout bien pesée, la valeur de la subvention de la presse par le gouvernement gabonais est à l’image de la place qu’il accorde au pluralisme médiatique et à l’expression de la démocratie, les deux allant de pair. Et il faut craindre qu’elle aide à tuer plutôt qu’à favoriser l’éclosion d’une presse réellement libre, et dont certaines entreprises pourraient finir par mettre la clé sous le paillasson avec cet amaigrissement continu.
CNN