[Gabon]Édito/affaire Nzouba : un crime à rentabilité nulle

 [Gabon]Édito/affaire Nzouba : un crime à rentabilité nulle

Oublions un peu le gendarme à qui on ne peut reprocher le fait d’avoir fait son travail, même avec autant de zèle amateur.

Quoi qu’on dise, même pour les fanatiques les plus déraisonnables, l’affaire Nzouba implique deux versants : le droit (justice) et la politique (l’émotion).

Sur le plan du droit, les statuts de la banque des États de l’Afrique centrale prévoient que les résidents de cette zone sont autorisés à circuler avec des sommes d’argent liquide illimitées, à condition d’en faire la déclaration auprès des services de douanes quand cette somme dépasse 5 millions de FCFA. Les mêmes statuts prévoient que ces fonds peuvent être confisqués, si l’intéressé ne parvient pas à situer leur origine.

Guy Nzouba Ndama a-t-il fait cette déclaration ? La réponse est NON.

Peut-être savait-il qu’il ne parviendrait pas à convaincre la douane sur la traçabilité de son argent ? Le doute à ce niveau est encore difficile à dissiper. Et faute de justification claire, l’ancien président de l’Assemblée nationale risque gros. Car même si les dispositions de la BEAC autorisent la circulation de sommes aussi colossales, à condition d’en justifier la provenance, circuler avec de valises remplies d’argent dans un pick-up peut paraître scandaleux pour l’opinion populaire qui, grâce à la viralité des réseaux sociaux est restée ébahie devant le spectacle de ces liasses de billets, alors qu’un simple virement bancaire aurait suffi, l’argent n’aimant pas le bruit.

Surtout pour une personnalité de la trempe de Guy Nzouba Ndama qui passe désormais aux yeux de certains comme un narcotrafiquant des Farc dans la forêt colombienne.

Implications politiques

Toute chose qui pose également un problème de moralisation de la vie publique. Une moralisation qui sert désormais de paravent judiciaire pour le pouvoir qui semble avoir trouvé d’autres griefs pour mieux enfoncer un opposant visiblement pris au piège de sa propre imprudence, puisque l’ancien président de l’Assemblée nationale est maintenant accusé de blanchiment d’argent, de subversif en association avec une puissance étrangère (le Congo Brazzaville).

Le tout dans un contexte de précampagne électorale pour les élections générales de l’année prochaine.

Finalement, Guy Nzouba Ndama n’aura pas échappé longtemps au pouvoir qui voulait depuis sa tête au regard du poids de son parti à l’Assemblée nationale.  Après avoir vu certains de ses députés être débauchés par le bord de mer en échange des postes de nomination, après avoir opposé publiquement une fin de non-recevoir à la stratégie de ralliement adoptée récemment par le parti démocratique gabonais dont l’objectif est de mettre l’opposition sous éteignoir, le natif de la Lolo-Wagna finit dans les mailles du filet, telle une proie prise au piège de l’araignée.

Maintenu en résidence surveillée, avec un éventuel procès devant la Cour criminelle spéciale, il pourrait être frappé d’inéligibilité dans la course au fauteuil présidentiel. Ce d’autant que la justice, critiquée par son manque d’indépendance, pourrait choisir d’accélérer les choses afin de le mettre hors-jeu.

À qui profite le crime ?

Un avant-goût a déjà été donné à Franceville, notamment la célérité avec laquelle la Substitut du procureur a traité de l’affaire en un week-end. Entre samedi et dimanche, Guy Nzouba a été transféré de Leconi à Franceville où il a été interrogé, et gardé à vue avant que ses valises d’argent ne soient confisquées et transférées au trésor un dimanche.

Question : l’administration gabonaise ne travaillant pas les dimanches, quel agent du trésor a-t-on trouvé là-bas pour consigner la somme reçue ? Là aussi, le doute est permis. Le doute est d’autant permis que dans ce genre de procédure, il n’appartient pas au tribunal de verser l’argent au trésor. Cette initiative étant réservée aux services de douanes qui constatent l’infraction dans la mesure où l’intéressé n’est pas parvenu à justifier la provenance de ses fonds. Autant d’incohérences qui apportent de l’eau au moulin de l’opposition. Laquelle, bien qu’embarrassée, mais par devoir de solidarité pointe une affaire purement politique, montée de toute pièce pour humilier un potentiel candidat à la présidentielle de 2023, les valises d’argent ayant toujours circulé depuis les temps généreux d’Omar Bongo.

D’un côté comme d’un autre, on rivalise d’arguments pour noircir ou pour blanchir un homme bien en peine et dont le sort semble désormais scellé.

À qui profitera l’affaire Nzouba ? À l’évidence ni à un pouvoir qui se lèche déjà les babines, alors qu’il n’offre aucune exemplarité, en témoignent la gestion des fonds Covid-19 ou encore les révélations faites dernièrement par Patrichi Tanasa devant la justice. Ni à une opposition qui tente de justifier le scandale en criant au règlement de comptes politiques.

Car ceux qui voteront en 2023 ne voteront pas pour ou contre Nzouba, qui visiblement risque de ne pas être de la partie, mais sans doute pour ou contre le maintien du système. Tout bien pesé, c’est un crime à rentabilité nulle.

CNN

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