[Gabon]Adhésion au Commonwealth : entre euphorie et démagogie
L’histoire retiendra que le Gabon est devenu membre du Commonwealth le 25 juin 2022, lors d’un sommet de l’organisation à Kigali au Rwanda. Une organisation regroupant pour l’essentiel des pays anciennement colonisés par la Grande-Bretagne. Mais à Libreville, l’euphorie exagérée, organisée par le gouvernement s’apparente tellement à une campagne de démagogie qu’elle interroge sur le bénéfice réel de cette adhésion pour le Gabonais lambda.
Jamais l’appartenance du Gabon à une organisation internationale n’avait suscité tant de débauche d’énergie dans la publicité et le martèlement à souhait des avantages que le pays devrait y tirer. L’événement a même donné lieu à un discours à la nation du président Ali BONGO ONDIMBA qui lui-même n’a pas tari d’éloges le Commonwealth, une organisation qui va attirer des investisseurs, créer des emplois, booster la croissance économique, en gros changer le visage du Gabon. Une organisation qui, culturellement, va beaucoup apporter au pays, notamment avec la langue anglaise.
Aussi, le PDG, le parti démocratique gabonais ne s’est pas fait prier pour saluer cette adhésion historique pour le Gabon, une ancienne colonie française.
À entendre tous ces discours, on a l’impression qu’ils ciblent en sibylline, la francophonie, l’opposée du Commonwealth et à qui on tente insidieusement d’imputer la responsabilité du sous-développement du Gabon depuis son indépendance. Comme s’il se jouait derrière cette adhésion, un affrontement organisé par les autorités entre deux puissances européennes au Gabon : la Grande-Bretagne contre la France. La première est la bienvenue pour sa virginité, tandis que la deuxième, elle est culpabilisée et honnie pour son passé colonial.
Comme un air de démagogie
Pourtant, à regarder de près les pays qui composent l’organisation, un constat se dégage net : certains membres comme le Rwanda, l’Ouganda ou encore le Togo ne sont pas des modèles de démocratie, de liberté d’expression et des droits de l’homme en général, valeurs prétendument défendues par le Commonwealth. La liberté de manifester y est souvent réprimée sans ménagement, les élections truquées se terminent souvent en mort d’homme, la justice manipulée est souvent un instrument aux mains des gouvernants pour punir les opposants, etc.
En Afghanistan et au Pakistan, la rigidité de la loi basée sur la charia est telle qu’elle ne laisse aucun droit aux femmes pour quoi que ce soit.
Pire, en matière de développement, des pays comme le Sri Lanka, le Bangladesh, le Lesotho, la Sierra Leone pour ne citer que ceux-là sont loin d’être des exemples de ce paradis tant vanté du Commonwealth. Pas même la Gambie qui a sombré pendant 22 ans sous la dictature féroce de Yahya Jammeh, ou le Malawi où la corruption de la classe dirigeante est légion.
Des exemples rares
Excepté quelques rares modèles de développement réussis en Afrique, du fait de la rigueur des dirigeants tels que l’Île Maurice, le Ghana, le Rwanda, le Commonwealth comme toutes les autres organisations n’a jamais fait le développement d’un pays.
Comme la francophonie avec la France, il est avant tout le prolongement de la vision expansionniste de la Grande-Bretagne, de sa grandeur, de sa culture.
Croire que l’adhésion du Gabon à cette organisation mettra fin à l’incurie des gouvernants, à la corruption ambiante et les détournements des fonds publics qui obèrent tout effort de développement relève de la pure démagogie. Pas plus qu’elle ne résolve les problèmes de chômage, de cherté du loyer, des transports qui accablent chaque jour le quotidien des Gabonais. À moins qu’il s’agisse là encore d’une nouvelle trouvaille pour détourner l’attention de vrais problèmes, car le simple fait de parler anglais ou français, qui plus est une langue étrangère, n’a rien de déterminant dans la marche vers le développement d’une Nation.
CNN