[Gabon]Urbanisme/Acte de Bâtir : les Architectes gabonais montent au créneau pour dénoncer l’anarchie urbaine
Malgré le décret 10/71 du 30 novembre 1976 qui établit l’Ordre Gabonais des Architectes et l’obligation 080 sur le permis de construire qui est aujourd’hui reconduit dans l’ordonnance 02/PR/2017, il se trouve que la loi d’urbanisme n’est pas très contraignante au Gabon. Conséquence : le pays enregistre un développement des constructions anarchiques au grand dam des Architectes qui ont décidé de monter au créneau.
Depuis 46 ans, l’Ordre Gabonais des Architectes (OGA) et ses 10 présidents, qui se sont succédé, mènent un combat permanent pour faire respecter le statut de l’Architecte, mais aussi le cadre légal dans l’acte de bâtir.
Car dans ce secteur de la construction, l’État a fait montre de faiblesses au moment d’imposer la loi d’urbanisme. Il s’en est suivi au fil des années, des constructions anarchiques qui remettent aujourd’hui en péril l’avenir du cadre bâti gabonais. Et ce, malgré un règlement de l’urbanisme suffisamment clair depuis 1981 jusqu’à ce jour qui demande de recouvrir à l’expertise d’un architecte dans tout projet de construction en terre gabonaise
Selon Erichk Mauro, actuel Président de l’Ordre Gabonais des Architectes (OGA), la réalité est toute autre, car elle met en exergue des particuliers, des entreprises, et même des administrations qui s’activent dans des projets de construction en ignorant l’impérieuse nécessité d’avoir une bonne qualité des ouvrages que seul un cabinet d’expertise architectural est à même de garantir.
Le contexte de l’acte de bâtir au Gabon est davantage pointé du doigt par les Architectes gabonais regroupés au sein de l’OGA. « malgré un cadre légal clair, nous n’avons pas toujours une police technique pour encadrer la qualité des ouvrages », a dénoncé Erichk Mauro.
Il va s’en dire que l’absence de bonnes mœurs dans les projets de construction, met en mal l’avenir des architectes locaux qui échappent de fait, à une importante commande sectorielle. Toute chose qui peut se comprendre par la restriction des permis de construire délivrés notamment à travers le Grand Libreville.
« C’est insignifiant, car nous ne dépassons pas 1 ou 2 dossiers par semaine», a fait constater Erichk Mauro, lequel est engagé actuellement dans un bras de fer avec les différents départements ministériels pour un changement de paradigme dans le secteur de la construction.
Depuis son arrivée à la tête de l’OGA le 25 juin 2021, Erichk Mauro a déjà rencontré la plupart des ministères directement rattachés à l’acte de bâtir. Une campagne de sensibilisation qui lui a permis d’obtenir une recommandation de l’ancien Coordonnateur des Affaires Présidentielles pour une plus grande sollicitation des Architectes dans les projets de Construction au Gabon.
La machine à construire du côté des Architectes gabonais est lancée, mais il va falloir que cette profession trouve encore des moyens pour faire face à la concurrence des bureaux d’architecture étranger. Cette situation, qui n’augure pas un bel avenir pour les architectes locaux, est aussi considérée par l’OGA comme déficitaire pour le pays.
« Donner nos marchés de la construction aux bureaux d’architecture étranger, est également synonyme d’une fuite des capitaux pour notre économie», a confié Erichk Mauro.
Selon l’OGA, le secteur de la construction est aujourd’hui à la croisée des chemins, et il faille procéder rapidement à un changement de paradigme de telle sorte à remettre entre les mains des Architectes gabonais l’avenir du secteur de la construction. C’est en ce sens, que l’OGA a procédé en date du 15 avril 2022 à l’installation des Architectes Conseils à travers les grandes villes du Gabon.
Objectif : permettre à chaque élu de disposer d’une expertise en architecture de premier plan pour asseoir le développement harmonieux de nos villes. Cette action qui témoigne du pragmatisme du président de l’OGA, devrait faire place à d’autres actions toutes aussi importantes. C’est le cas de l’ouverture dans les prochaines années d’une grande école d’Architecture afin de susciter des vocations en faveur de cette profession auprès des plus jeunes.
Toutefois, il apparaît sans aucun doute que ce qui retient davantage les consciences des archis gabonais, c’est la construction imminente d’un nouveau siège qui soit à la hauteur des ambitions de cette profession.
Et au besoin de le dire, tel est le vœu le plus ardent du président de l’Ordre des Architectes Gabonais lequel précise « à ce niveau les choses se présentent plutôt bien, car notre tutelle nous rassure que son homologue de l’Habitat va incessamment prendre attache avec l’Ordre dans ce cadre », a-t-il conclu.
Alain Michel Mbinah