[Gabon] Liberté d’expression : la tentation d’une pensée unique

 [Gabon] Liberté d’expression : la tentation d’une pensée unique

Vanté à souhait par les autorités comme un État de droit démocratique, le Gabon présente pourtant au fil des ans, des signes de fébrilité liberticides ,tendant à censurer l’existence et l’expression des voix discordantes. Ce qui fait craindre désormais le retour à une pensée unique à un peu plus d’un an de la présidentielle de 2023.

Le multipartisme n’est pas nécessairement une preuve de démocratie. L’erreur serait de croire que l’existence d’une myriade de partis politiques, associations ou organisations de la société civile dans un pays, concourt automatiquement à l’expression de la démocratie et des opinions contraires qui en découlent. Dans la plupart des pays africains, dont le Gabon, le multipartisme ne sert généralement que pour le cosmétique, maquiller les apparences d’une démocratie fictive.

Si les institutions mises en place au lendemain de la conférence nationale de 1990 ont été largement saluées comme l’avènement d’un renouveau politique au Gabon, dans les faits, 30 ans après, celles-ci semblent très loin d’avoir atteint cet objectif. D’élections en élections, les limites montrées par ces institutions ont achevé de convaincre de leur inefficacité, donnant l’impression de leur impuissance par rapport aux acteurs qui les animent.

Qu’il s’agisse de la Cour constitutionnelle , du Conseil national de la Communication devenu haut-Commissariat de la Communication, en passant par la Commission électorale (centre des élections aujourd’hui) ou encore du Conseil national de la démocratie, le pays semble s’enfoncer chaque jour dans un bourbier inquiétant . Tout cela aggravé par un parlement dont l’obéissance à la ligne parfois pernicieuse du parti a fini par reléguer au second plan, le rôle véritable d’un député ou d’un sénateur sous d’autres cieux.

Démocratie sous contrôle

Avec des médias publics interdits aux opposants, une HAC plus encline à la censure, une autocensure ambiante, alimentée par les responsables des médias d’État, soucieux de préserver leurs postes parce que nommés en Conseil des ministres, le rôle de promotion de la liberté d’expression, et donc de la démocratie par les médias se trouve malmené chaque jour. Derrière cet embrigadement, il faut y voir la main noire des tenants du pouvoir qui, pour expliquer le bannissement de l’opposition, prétendent que cette dernière n’a que des discours de haine et de violence. Autrement dit, critiquer les insuffisances du gouvernement en place est une preuve de violence qui ne peut être diffusée par les médias publics.

Pour enfoncer le clou de ce ballonnement, le pouvoir a développé depuis quelques années, une stratégie digne d’un régime monolithique : le débauchage à tour de bras dans les rangs de l’opposition. Dans un système où le personnel politique est mû par les seuls intérêts personnels que par des idéaux communément admis, l’appât utilisé, c’est l’argent, à travers notamment des nominations dans l’administration. Et cela, peu importe le mérite dans un pays qui dit pourtant promouvoir la méritocratie.

L’objectif est de décapiter toute l’opposition pour mieux l’affaiblir avant 2023, afin qu’il ne reste plus une seule voix contestataire. La même mécanique de musellement en action contre les syndicats très critiques a déjà coûté son emploi à Jean Rémy Yama qui paie cher son intransigeance contre le gouvernement. Décidément, il semble que le rouleau compresseur d’une pensée unique au Gabon soit déjà bien en marche, avec des dégâts déjà importants pour une démocratie qui n’a jamais véritablement existé.

CNN

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