[Gabon] Retours au PDG : que valent encore les fils prodigues ?
À mesure que les ardeurs contestataires de la dernière présidentielle s’émoussent avec le temps, le parti démocratique gabonais enregistre les uns après les autres, les retours d’anciens militants qui avaient rallié l’opposition au bénéfice de Jean Ping. Et dans les rangs du parti au pouvoir, ces derniers sont désormais présentés à souhait comme une grosse prise, prélude d’une « victoire cash » en 2023.
Mais que valent encore aujourd’hui Jean Eyeghe Ndong, René Nemezo’o Obiang, Frédéric Massavala Maboumba, Michel Menga, Féfé Onanga, pour ne citer que ceux-là ? Tellement la liste de ces retours au PDG ne fait que s’allonger. Quel crédit peut-on donner à tous ces acteurs qui ont forgé leur popularité pour avoir proféré des insultes publiques à l’endroit d’Ali Bongo Ondimba, dont ils ont contesté jusqu’à un passé récent la victoire en 2016 ?
Leur popularité, engrangée dans les rangs de l’opposition qui avait massivement voté pour l’alternance lors de la dernière présidentielle, est-elle encore aussi intacte qu’ils s’en prévalent ?
Bref, toutes ces personnalités qui débarquent au parti démocratique gabonais dont ils avaient pourtant claqué la porte, sont-elles encore aussi représentatives au point de garantir une « victoire cash et sans bavure » au PDG qui s’enhardit déjà comme s’il avait décroché la lune ?
La question est d’autant pertinente qu’elle interroge, non pas la capacité de mobilisation de ces leaders (surtout que la mobilisation des masses, parfois à coups de billets de banque, n’est pas la réalité des urnes).
Mais plutôt la capacité de ces derniers à faire gagner le candidat du PDG dans des zones de grandes empoignades comme l’Estuaire, l’Ogooué-Martime, le Moyen-Ogooué, la Ngounié, la Nyanga ou encore le Woleu-Ntem, des localités qui traditionnellement votent pour l’opposition.
Rien n’est moins sûr. Car si ces leaders, qui papillonnent d’un camp à un autre, avaient été adulés en 2016 pour avoir claqué la porte du parti au pouvoir, c’est en partie parce qu’ils avaient réussi à faire bloc autour de Jean Ping. Toute chose qui représentait un espoir d’alternance pour tous ceux qui en rêvaient et en rêvent encore.
Dans ce contexte de fort besoin du changement, tous ceux qui pouvaient se ranger dans l’opposition en vilipendant le pouvoir étaient donc automatiquement encensés.
Avec le retournement de veste de ces leaders à la recherche des prébendes, des doutes en tout cas demeurent sur ce qu’ils valent encore aujourd’hui. Car telles des épaves vidées de leur substance, ils pourraient, le moment venu, achever la désillusion du camp du pouvoir qui n’hésite plus à les brandir comme une prise de guerre, capable de lui garantir la victoire à la présidentielle de 2023. Attention donc au triomphalisme avant l’heure.
CNN