[Gabon] Coups d’État militaires : l’éternel recommencement des processus démocratiques en Afrique

 [Gabon] Coups d’État militaires : l’éternel recommencement des processus démocratiques en Afrique

Comme un virus contagieux, la série des coups d’État amorcée en 2020 au Mali, vient de coûter son poste au président Roch Marc Christian Kaboré au Burkina Faso. Sans l’air d’une surprise, ce scénario bouillonnait depuis quelques jours dans le pays des hommes intègres. Seulement ce mode de prise de pouvoir par la force constitue, avec la suspension ou la dissolution des institutions par les militaires, un éternel recommencement des processus démocratiques en cours dans une Afrique qui, plus de 60 ans après les interdépendances, semble toujours chercher sa voie.

Le président Kabore paie sans doute, avec cette destitution, son incapacité à régler le problème des attaques djihadistes qui, depuis 2015, ont déjà fait des milliers de morts, de blessés et des millions de déplacés au Burkina Faso. Élu en 2015, puis réélu en 2020, Roch Marc Christian Kaboré était devenu de plus en plus impopulaire à mesure que les incursions terroristes se multipliaient dans le pays. Son renversement lundi 24 janvier par les militaires qui dénoncent le manque de moyens appropriés pour combattre le terrorisme, intervient quelques jours seulement après l’arrestation de nombreux militaires pour tentative de coup d’État avorté.

Décidément, l’Afrique de l’Ouest jusque-là réputée pour son modèle d’intégration plus ou moins avancé, pour sa trajectoire démocratique en bonne voie, excepté les cas bornés du Togo, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Conakry, de la Guinée-Bissau, connaît depuis peu, une fièvre des coups d’État qui se propage dangereusement. À la moindre grogne sociale, les militaires en profitent pour déposer le président en exercice. Et les hommes en armes, pour se faire une légitimité, versent dans l’instrumentalisation, brandissant des slogans nationalistes et panafricanistes, sous les pancartes anti-néocolonialisme occidental. Des slogans porteurs depuis quelques années dans la plupart des pays du Sahel en proie à la menace terroriste. Cette opération de charme a un nom : la manipulation des consciences pour mieux régner.

Et c’est sur l’autel de ces slogans qu’au Mali par exemple, le Colonel Assimi Goita est en train de vouloir se maintenir au pouvoir, en proposant une transition de 5 ans, sans que cela ne puisse choquer personne dans le pays. C’est sur cette base que le Colonel Mamady Doumbouya entretient le flou en Guinée Conakry, sans pouvoir sortir un calendrier détaillé du retour à l’ordre constitutionnel. Et c’est sans doute sur cette même base que Paul-Henri Sandaogo Damiba va triompher au Burkina Faso. Puisque l’armée a déjà appelé dans la foulée la population à soutenir son coup d’État.

Démocratie à la baïonnette

Si l’arrivée au pouvoir des militaires semble être applaudie par les populations comme le salut à leurs revendications, il reste que la dissolution ou la suspension du fonctionnement des institutions constitutionnelles est un frein à l’aboutissement des processus démocratiques en cours dans ces pays. Surtout avec des transitions qui finissent par s’enliser, l’armée prenant goût au pouvoir civil, et devant elle aussi dictatrice par l’usure du pouvoir. Car l’expérience depuis les indépendances montre que malgré leurs promesses, les militaires ne prennent pas le pouvoir pour le lâcher si facilement.

Et à ceux qui croient à la solution militaire, il faut se poser de bonnes questions. Dans le cas des pays du Sahel, le renversement d’un président est-il la solution viable pour en finir avec les terroristes ? N’est-ce pas une complication supplémentaire d’une situation déjà très complexe sur le terrain ? L’éviction d’Ibrahim Boubacar Keita en août 2020, a-t-elle permis jusqu’ici la fin de l’insécurité au Mali ? Attention à la surenchère militaire.

CNN

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