[Gabon] COP 26 : entre pollution et développement, le dilemme de l’Afrique
À l’occasion de la 26e conférence des parties (COP 26) qui s’ouvrira le lundi 01 novembre 2021, à Glasgow en Ecosse, la question pour l’Afrique, continent le moins pollueur au monde, est de savoir comment se développer sans polluer. Ce d’autant que les promesses de financements des politiques d’adaptation tardent à se concrétiser, face aux ravages des variations climatiques.
Peut-on se développer sans polluer ? La réponse est complexe, voire même difficile. Car la pression démographique à l’échelle mondiale, avec tout ce qu’elle induit comme besoins en nourriture, en énergie, en habillement, en luxe, etc. Impose une activité anthropique sans cesse menaçante pour la planète. Pourtant, cette question si difficile est cruciale pour l’Afrique, continent le moins industrialisé, et donc le moins pollueur avec seulement 4 % des émissions mondiales de CO2. Mais qui demeure la région du monde la plus exposée aux variations climatiques, menaçantes pour le quotidien des populations comme les inondations, la sécheresse, l’insécurité alimentaire, etc.
Surtout en Afrique de l’Ouest, région en partie désertique et où l’augmentation de la température est 1,5 fois supérieure au niveau mondial.
Face à ce tableau alarmant, c’est l’hypocrisie des grands pollueurs qui est pointée du doigt, notamment l’absence de volonté dans la matérialisation des promesses de financements des politiques d’adaptation climatiques en Afrique. Car en jetant un coup d’œil au classement des 10 pays et régions les plus émetteurs de CO2 au monde, on remarque de facto qu’aucun État africain n’apparaît sur la liste dominée respectivement par la Chine (28 %), les États-Unis (14,5 %), l’Union européenne (près de 9 %), l’Inde (6,6 %), la Russie (4,7 %).
À eux seuls, ces grands pollueurs sont responsables de la quasi-totalité d’émissions de CO2 envoyées dans l’atmosphère terrestre par l’homme. Les conséquences de cette pollution sans cesse croissante sont l’élévation du niveau des océans avec la fonte des calottes glaciaires, un dérèglement du climat avec des sécheresses affectant les productions agricoles, le risque d’une insécurité alimentaire mondiale, des inondations et autres phénomènes météorologiques extrêmes comme des tsunami qui menace la survie de l’homme. Certains analystes pessimistes prévoient même d’autres catastrophes d’une ampleur inédite pour l’humanité.
La forêt d’Afrique centrale, bouclier de l’humanité
Pour éviter un tel scénario apocalyptique, la forêt d’Afrique centrale, deuxième couvert forestier au monde après l’Amazonie, est désormais vus comme l’un des derniers sanctuaires, le bouclier de l’humanité du fait de son rôle crucial dans la captation et le stockage du CO2. C’est cette oasis derrière laquelle les grandes puissances industrielles, responsables du réchauffement de la planète veulent désormais se réfugier, en empêchant les pays du bassin du Congo, le Gabon, le Cameroun, la Guinée équatoriale, la Centrafrique, la République démocratique du Congo et le Congo Brazzaville d’exploiter leurs ressources forestières, les privant ainsi des devises importantes à leur développement.
Or, les financements de ces sacrifices consentis par les Etats d’Afrique centrale dans leurs politiques de préservation des forêts se font toujours attendre, COP après COP. À ce jour, le Gabon est le seul pays de la région à avoir bénéficié de ce genre de fonds.
L’Afrique au cœur du dilemme
Continent le moins développé, le moins pollueur, mais le plus exposé aux effets des changements climatiques, l’Afrique est face à un dilemme. Faut-il polluer pour se développer, comme l’ont fait les grandes puissances, avec la menace d’aggravation de la situation ? Ou doit-elle au contraire préserver sa forêt en choisissant de demeurer pauvre pour le bien de l’humanité, y compris pour le bien des puissances industrielles responsables de la dégradation du climat de la Terre ?
Voilà l’un des enjeux sur lesquels devrait se focaliser la COP 26 qui s’ouvre à Glasgow, et dont on imagine déjà qu’il n’y aura pas grand-chose de concret à se mettre sous la dent. Surtout face aux ambitions illimitées des grandes puissances qui veulent davantage polluer au nom de leur développement, pendant que l’Afrique, précarisée et menacée doit agir pour le bien de tous. Quelle injustice !
CNN