[Gabon] Lutte climatique : la grande diversion
Pays forestier d’Afrique centrale, le Gabon s’est particulièrement illustré ces dernières années dans la lutte contre le réchauffement climatique, attirant même le satisfecit de la communauté internationale qui lui verse désormais des fonds de récompense. Une bataille climatique qui semble avoir relégué au second plan toutes les politiques sociales dans un pays où le chômage, la cherté de la vie, la crise du logement, la route, pour ne citer que celles-là, font rage.
C’est le pari à la limite fou d’un pays qui a décidé d’esquiver toutes les préoccupations au quotidien de sa population pour s’investir là où son enjeu est presque nul. Sauf pour un besoin cosmétique des autorités qui, en peine sur de nombreux chantiers sociaux-politiques, veulent marquer les esprits de la communauté internationale au regard de l’importance du défi climatique à l’échelle de l’ONU. Le Gabon dont les émissions du CO2 n’atteignent même pas 1 % de celles mondiales s’est engagé dans une lutte de l’ordre de l’ostentatoire contre le réchauffement de la Terre.
Pourtant, selon Our World in data, un site spécialisé sur les questions climatiques, au-delà des grands pollueurs mondiaux que sont la Chine, les États-Unis et l’Union européenne, en Afrique, les pays les plus pollueurs sont l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Égypte, le Maroc et l’Algérie. Le dénominateur commun de tous ces pays, c’est qu’ils ont un niveau de développement incomparable à celui du Gabon. Autrement dit, il est difficile, voire impossible de se développer sans émissions de CO2.
Our World in data explique qu’en Afrique au sud du Sahara, le taux d’émissions des gaz à effet de serre depuis 1751 ne représente que moins de 1 % des émissions enregistrées dans le monde. Ce qui est largement insignifiant à comparer aux 400 milliards de tonnes de CO2 des États-Unis (25 %), ou de l’Union européenne à 28 membres (22 %).
À la lecture de ces chiffres, on comprend mal l’engagement du Gabon qui s’illustre par une lutte à tour de bras contre le réchauffement climatique, avec notamment des mesures qui restreignent son développement industriel encore au stade embryonnaire. Pourtant, pays couvert à plus de 88 % de forêt, le Gabon dispose de l’un des plus bas niveaux de déforestation, soit 0,08 depuis 1990.
Et son rôle, joué ces dernières années dans la lutte climatique, est si remarquable qu’il lui a valu récemment une récompense de plus de 17 milliards FCFA de la communauté internationale. Le hic avec cet argent, c’est que le pays ne peut l’utiliser que pour des questions environnementales, qui sont loin d’être la préoccupation majeure des populations. Lesquelles sont accablées par un chômage de masse galopant, la crise du logement, la cherté de la vie, la liste de ces besoins quotidiens est longue.
Visiblement, incapable de satisfaire la forte demande sociale, le gouvernement gabonais semble avoir trouvé une parade, la lutte pour le climat dont l’impact positif est nul dans le vécu du Gabonais, qui ne demande qu’à dormir dans un logement décent, avec un travail adéquat pour mieux se soigner et scolariser son enfant dans un pays qui exploite le pétrole, le manganèse, le bois, etc. Sous cet angle, cette lutte climatique du Gabon pourrait être qualifiée de pire diversion.
CNN