[Gabon] Haïtie : symbolique de la tragédie nègre
L’assassinat ce mercredi matin du président Jovenel Moïse en Haïti fait remonter à la surface de l’histoire, le sort implacable d’un pays pourtant première République noire indépendante depuis 1804. Mais qui, plus de 200 ans après, n’a jamais bougé d’un iota, charriant avec lui, tous les maux symbolisant la tragédie de l’homme nègre : démocratie balbutiante, pauvreté accablante, rébellion, corruption ambiante, etc.
Jovenel Moïse ne serait peut-être pas mort, s’il avait quitté le pouvoir à l’expiration de son mandat en février dernier. Malgré les appels de l’opposition, le désormais défunt président a refusé d’organiser l’élection présidentielle, au motif que son mandat n’était pas encore fini. Pour avoir voulu s’accrocher au pouvoir, telle une sangsue, Jovenel Moïse sort par la petite porte. Exactement comme de nombreux Chefs d’États africains. La comparaison tient toute sa place, l’histoire d’Haïti ressemblant en tout point vue à celle de l’Afrique au Sud du Sahara.
Première République noire au monde, Haïti qui a profité des remous de la Révolution française de 1789, a obtenu son indépendance le 1er janvier 1804. Une indépendance acquise au prix du sang des esclaves, menés par des chefs révolutionnaires dont le plus emblématique est sans doute Toussaint Louverture, tué en captivité en 1803 en France par Napoléon Bonaparte qui l’avait capturé.
Depuis l’instauration de la fonction présidentielle, Haïti a connu plus d’une quarantaine des présidents, qui pour la plupart ne sont pas allés au bout de leurs mandats. L’instabilité et les coups d’État à répétition ont empêché le développement de la démocratie dans un pays pourtant vieux de 217 ans aujourd’hui.
La corruption ambiante, alimentée par les différents gouvernements, a plongé le pays dans la pauvreté, les épidémies et tous les autres maux qui classent tristement Haïti parmi les États les plus pauvres au monde.
À y regarder de près, la malédiction qui accable Haïti depuis plus de deux siècles n’est pas le propre de ces nègres déportés qui se battent au quotidien pour leur survie sur un territoire artificiellement créé par les conséquences de la traite négrière.
Avec ses groupes de rebelles, ses crises de démocratie, ses dirigeants corrompus, sa paupérisation continue, ses nombreux coups d’État, Haïti apparaît comme le symbole de la tragédie de l’homme nègre, tant sur les territoires de déportation dans les Caraïbes qu’en Afrique au Sud du Sahara. Manifestement, ce n’est pas seulement l’Afrique noire qui « est mal partie », pour reprendre les termes de René Dumond, mais plutôt l’homme noir en général. Et tant qu’il ne l’aura pas compris pour changer de paradigmes, la misère sera toujours son lot.
CNN