[Gabon] Médias : AFRICA N°1 face à l’indifférence
Créée en 1981, AFRICA N°1 s’est très vite posée comme une vraie radio panafricaine, avec plus de 30 millions d’auditeurs par semaine. La radio créée à l’initiative du président Omar Bongo, avec la coopération française était écoutée en Afrique, en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Malgré ce prestige, le tam-tam qui portait la voix du Gabon et celle de tous les Africains s’est tu, dans l’indifférence générale.
Selon le classement Marcomer Gallup, établi en 1991, alors que le média n’avait à peine que 10 ans, AFRICA N°1 était la radio la plus écoutée dans sa zone de couverture, devant Radio France internationale et BBC Afrique. Ceci grâce à son réseau de correspondants et ses 17 fréquences en modulation à travers le continent.
Signe de la vitalité d’une radio qui allait enfin porter la voix des Africains dans un monde où l’information souvent biaisée est toujours polarisée par les médias occidentaux. De l’Afrique en Asie, en passant par les Amériques, ils étaient au moins trente millions d’auditeurs scotchés chaque semaine au programme d’une radio alors premier média panafricain.
D’ailleurs, grâce à son centre international en ondes courtes de Moyabi, situé dans la province du Haut-Ogooué, la radio a servi de relais à plusieurs autres radios comme RFI, la radio nationale japonaise, BBC ou encore la Voix de L’Amérique.
Le déclin
Mais les bonnes choses ne durant pas, avec le retrait de la SOFIRAD, la société financière des radiodiffusion, l’actionnaire français, au début des années 2000, commencent alors les problèmes d’AFRICA N°1. Dès 2006, l’arrivée dans le capital de la Libye comme actionnaire majoritaire avec 52 % des parts est vue comme une bouée de sauvetage face aux maigres 35 % de l’État gabonais.
Mais cette bouffée d’oxygène ne sera que de courte durée. Très vite, des malentendus se font jour. Tout part de la volonté du Gabon de nommer 13 cadres à des postes de responsabilité dans la nouvelle entité. Une décision mal digérée par la Libye qui milite pour une réduction des effectifs en insistant pour que tous les actionnaires mettent la main à la poche pour redresser la radio avec des équipements High Tech.
Un projet de création d’une télévision panafricaine était même en cours. Pour rajouter au malheur, l’assassinat du guide libyen, Mouhammar Kadhafi en 2011 rend presqu’ impossible le partenariat. Commence alors une descente aux enfers pour les agents qui accumulent de nombreux mois de salaires impayés.
Au terme du conseil d’administration tenu à Tunis en 2018, la partie libyenne demande son retrait et exige le remboursement des six millions de dollars qu’elle avait déjà décaissés pour la restructuration du média.
Face à l’indifférence
À ce jour, le Comité de privatisation qui suivait la radio a été dissous. Les problèmes se sont accumulés, les équipements obsolètes, le centre international en ondes courtes de Moyabi hors d’usage. Les locaux de Libreville abandonnés dans de hautes herbes sont livrés aux mains des Vandales. Malgré la succession des ministres de la Communication, malgré les promesses de faire naître une nouvelle AFRICA N°1, le statu quo demeure entier. Des agents dénoncent plutôt des détournements d’argent destiné à la restructuration du média par une bande de décideurs. Sans que personne n’en rende compte. Après des années de rayonnement, le tam-tam africain qui a réussi à faire connaître le Gabon sur la scène internationale, a cessé définitivement de battre, au milieu d’une indifférence générale.
Dans le prochain numéro AFRICA N°1 : les montages financiers de la discorde
CNN